mardi 17 août 2010

The Killer inside me : I wanna shot the deputy

Dans une petite bourgade texane, un deputy sheriff, flic parfait malgré quelques pulsions sadiques, tombe amoureux d'une prostituée charmante, plus ou moins masochiste.
Love-story en deux-trois faux-raccords on ne peut plus clichés... Puis parce qu'il l'aime et que cela arrange bien ses affaires, et pour rester un bon garçon, il la tue, ainsi qu'un personnage introduit dans la scène précédente. Heureusement, on apprend bientôt que cela est lié à son enfance.

Le tueur et sa victime (Casey Affleck et Jessica Alba) semblaient pourtant si bien s'entendre... (photo du film copyright Mars distribution)

Difficile d'aller plus loin : outre ce scénario sans queue ni tête et sans enjeu, le spectateur doit endurer des dialogues d'une rare platitude, parfois répétés d'un ton sentencieux. Hormis notre deputy, les acteurs, corrects, campent des personnages inexistants. Enfin c'est d'un classicisme formel à ronfler — les seules scènes où l'on s'éveille sont pseudo-pornographiques, de soft sex ou d'ultraviolence, filmées sans talent, ni regard autre que complaisant.
Sans intérêt, nul.

The Killer inside me, de Michael Winterbottom (2010, Etats-Unis et Royaume-Uni, 2h) Avec Casey Affleck...

*** Une autre critique :
  • Celle d'Isabelle Regnier pour Le Monde, « The Killer inside me : un polar poussif et rance »

mardi 9 février 2010

Bright Star, beauté glacée


La félicité de Fannie Brawne (Abbie Cornish) à la lecture d'une lettre de son bien-aimé
(photo du film copyright Pathé Distribution / Laurie Sparham)


En 1818 en Angleterre, Fanny Brawne, dix-huit ans, jeune coquette au caractère bien trempé, qui crée les robes exubérantes qu'elle porte, tombe amoureuse de son voisin John Keats, pauvre poète à la santé fragile, un gamin de vingt-trois ans qui s'amuse autant qu'il médite et écrit.
Récit romantique de leurs amours chastes et contrariées, Bright Star est un film en costumes de facture classique, qui parvient toutefois à briller d'un éclat ténu parmi la multitude. Il y a là l'élégance, la beauté et une certaine vérité poétiques. Surtout, la félicité goûtée par les amoureux donne au film ses instants de grâce : ainsi de cette révélation de l'amour à la jeune fille — sur son petit lit, face à la fenêtre ouverte inondée de lumière et dont les grands rideaux flottent au vent du printemps ou de l'été ; une chambre bientôt envahie de papillons... Ou de ces promenades au jardin, dans les bois, bucoliques splendeurs.

John Keats (photo du film copyright Pathé Distribution / Laurie Sparham)

Mais le bonheur romantique est toujours fugace ; et l'Angleterre du dix-neuvième siècle, la vie de John Keats et Fanny Brawne en particulier, n'autorise pas une grâce perpétuelle. Peut-être suis-je en décalage avec l'esprit romantique : le bonheur du couple m'a ravi, ses tourments m'ont tenu à distance.
Car le grand écueil de ces récits d'amours chastes et impossibles, que n'évite pas tout à fait ce film un peu froid, c'est bien que le spectateur s'en trouve trop éloigné ; se sente étranger aux tourments des protagonistes, ennuyé plus qu'exalté par tous ces obstacles à l'expression de leurs sentiments.
Ce mélodrame n'émeut que sporadiquement, autrement se regarde de loin, ; Bright Star, beauté désuète et glacée, occasionnellement lumineuse mais jamais flamboyante.

Bright Star, de Jane Campion (2010, Royaume-Uni, 1h59)
Avec Abbie Cornish, Ben Whishaw...

*** Une autre critique :

dimanche 7 février 2010

Mother, génial hybride


La mère (jamais nommée) est incarnée par Kim Hye-ja, mère-courage vedette
des téléfilms coréens (photo du film copyright Diaphana Films)

Dans Mother, c'est évidemment un personnage de mère qui est au centre. Mais elle regarde ailleurs en permanence, semble ne vivre que pour son fils — Do-joon, simple d'esprit qui à 28 ans dort encore contre son sein.
Le couple fusionnel vit sa routine dans un bourg rural d'une grande quiétude. Mais cette tranquillité de façade est vite troublée par un crime : une lycéenne est retrouvée morte, et tout accuse Do-joon... qui ne se souvient de rien.

Le film de Bong Joon-ho balance entre mélodrame et polar, entre une enquête à suspense, menée par une mère en furie pour innocenter son enfant, et le portrait touchant de protagonistes à la marge de la société. Et pourtant Mother conserve presque tout du long ce calme parfois irréel, zébré d'éclairs de violence, de scènes surréalistes et d'éclats d'humour noir ou burlesque.
Le jour, dans la douceur solaire, le spectateur ne peut soupçonner la nuit, les jours d'orage, les dessous sordides de cette société. L'image d'Epinal est vite ébranlée par la quête violente et désespérée de la mère ; le vernis du tableau idyllique se fissure sous la révélation du vice et de la violence, de l'injustice et de tous les non-dits de cette communauté.

Do-joon (Won Bin), simple d'esprit dépendant de sa mère, lutte contre sa mémoire
(photo du film copyright Diaphana Films)

Il y a du génie dans ce mélodrame grinçant qui s'acoquine avec le policier contemplatif. Le génie de la mise en scène — l'esthétique du film est incroyable, chaque plan raconte mille histoires, fascine. Un vrai don pour faire vivre ces personnages bizarres et denses. Et la réussite éclatante d'une hybridation des genres, qui tient en haleine autant qu'elle touche, effraie, déchire même. Bong Joon-ho se paie jusqu'au luxe de livrer par touches légères une vraie réflexion sur la mémoire...

Mother, de Bong Joon-ho (2010, Corée, 2h10) Avec Kim Hye-ja, Won Bin...

*** Plus d'infos :
  • « Médée matériau », la critique de Mathieu Macheret sur Critikat.
  • « Mother : femme prête à tout pour sauver son fils », la critique de Jean-François Rauger sur le site du Monde.