dimanche 5 janvier 2020

«La femme gelée», autobiographie pamphlétaire



La femme gelée est un récit largement autobiographique, épuré, tout entier tendu vers sa thèse féministe. Annie Ernaux y raconte l’enfance heureuse d’une fillette libre en Normandie, dans une famille qui ignore les carcans de genre. Vient l’adolescence, la pression des paires de plus en plus forte, le désir de plaire aux garçons, le rétrécissement progressif et inconscient vers les normes sexistes. Jusqu’au carcan, d’abord insidieux, progressivement implacable, du quotidien au temps du mariage et de la maternité.
Annie Ernaux donne toute sa chair à cette existence, sans intellectualisme, au travers d’anecdotes, de réflexions et d’épisodes touchants, glaçants, toujours vrais, dans une langue directe et vivante, teintée de parler normand durant l’enfance. Peu à peu, de l’autobiographie touchante et juste sourd un pamphlet cinglant, aux éclats d’une violence et d’une justesse rarement lues contre une condition féminine toujours d’actualité.

4/5
La femme gelée (1981, Gallimard), d'Annie Ernaux (1940-).
Disponible en poche dans la collection Folio (192 pages).

«Marriage Story», l'historiette

Marriage Story n’est pas l’histoire d’un mariage, c’est le récit elliptique d’un moment de la vie d’un couple, celui d’un divorce – à l’américaine, où avocats inhumains et histoires de gros sous occupent beaucoup d’espace. C’est un petit film de cinéma, sagement mis en scène, avec une distribution prestigieuse – Adam Driver, fidèle à son habitude, et Scarlett Johansson en girl next door. Les comédiens sont convaincants, et offrent quelques jolis instantanés. Mais ce téléfilm Netflix de luxe ne fait qu’effleurer la vérité des sentiments, en rejouant sans éclat des scènes convenues. Les dialogues sont pauvres, l’ambiguïté absente ; le tout reste désincarné et manque d’intelligence et de finesse – malgré un propos parfois teinté de nuances féministes. Bref, une historiette vite oubliée.
2/5
«Marriage Story», un film Netflix de Noah Baumbach (États-Unis, 2019, 2h18)
Avec Adam Driver, Scarlett Johansson...

samedi 7 janvier 2017

«Paterson», la poésie du quotidien



Sept jours, une semaine, qui débutent et s'achèvent toujours de la même manière : au foyer. Une semaine de travail ordinaire, un week-end comme les autres. Paterson est une célébration tranquille des charmes discrets du quotidien. S'éveiller près de l'être aimé ; rire et se parler ; apprécier ses habitudes. Ne retenir que l'ordinaire beauté d'une journée de labeur - pour le protagoniste, chauffeur de bus, des fragments dérobés de la vie des passagers, des historiettes. Tout est prétexte à rire, à aimer - tout est prétexte à la poésie. Le film n'en fait aucune démonstration - il illustre cette idée simple de la plus simple des manières. Et c'est ainsi qu'il devient lui-même un joli poème du quotidien.
3/5
«Paterson», un film de Jim Jarmusch (Etats-Unis, 2016, 1h58)
Avec Adam Driver, Golshifteh Farahani...